3 questions au "Luxembourg City Film Festival"

"L'essence même du LuxFilmFest restera la diffusion en salle."

Les organisateurs du Luxembourg City Film Festival ont dû arrêter la 10e édition du Festival au 13 mars. Cependant, jusqu'au 18 juin, le Luxembourg City Film Festival parcourt les catalogues de ses éditions passées grâce à des semaines thématiques sur VOD.lu.

© CNA, Romain Girtgen LuxFilmFest
LuxFilmFest

Comment la crise a-t-elle influencé votre travail derrière les coulisses?

Le Festival a été interrompu le 12 mars, quelques jours avant son terme. L'équipe s'est appliquée, en respectant le maximum de précautions possibles, à libérer les lieux occupés (Cinémathèque de la Ville de Luxembourg, Ciné Utopia, Kinepolis, Casino Luxembourg – Forum d'art contemporain, etc.) et à rapatrier d'urgence le matériel au bureau.La direction du Festival a mis en place des réunions hebdomadaires, hiérarchisant les urgences (gestion des retours des copies de films, paiement des fournisseurs, debriefings auprès des différents partenaires et sponsors, préparations de l'Assemblée générale programmée en mai...). En même temps, l'équipe du Festival a entamé les premières préparations pour la prochaine édition (4-14 mars 2021), notamment pour les volets Jeune Public et Collaborations artistiques. Chaque année, une grande partie des œuvres sélectionnées pour le programme du Festival est repérée au Marché du Film au Festival de Cannes. Comme celui-ci a dû être annulé, le Marché du Film aura lieu uniquement sous forme digitale en juin, un défi pour tous les acteurs impliqués qui sont habitués à des rencontres personnelles et les échanges informels qui s'y font.

Quelle est votre offre digitale de films et comment faites-vous le choix du programme?

Le LuxFilmFest a proposé très rapidement, avec la Filmakademie et le Film Fund Luxembourg, un programme de visionnages en ligne. Dans un premier temps, durant le mois d'avril, le public fut invité à voir des (co-)productions luxembourgeoises programmées sur la dixième édition du Festival et à prendre part à des Q&A en ligne, en présence des réalisateurs et producteurs. Dans un deuxième temps le Festival a mis en place, avec VOD.lu, un large programme de films proposés à tarifs préférentiels issus des éditions précédentes, et même trois films offerts gratuitement chaque week-end jusqu'en juin. Sous le nom de "LuxFilmFest – Home Edition", ces films seront encore présentés lors de semaines thématiques jusqu'au 18 juin 2020.

Le Festival ne dispose pas d'une offre propre, les droits étant entre les mains des distributeurs et/ou vendeurs internationaux. Le choix a donc été fait de demander au Comité Artistique, sous l'autorité de sa direction, de définir une ligne artistique au sein des œuvres disponibles sur VOD.lu, de définir des thématiques hebdomadaires et d'effectuer une sélection. 

Est-ce que le digital joue aussi un rôle pour la prochaine édition du LuxFilmFest?

Conformément à sa fonction et à ses statuts, le Luxembourg City Film Festival a pour mission de promouvoir le cinéma en tant qu'expérience collective à vivre en salle. Il s'agit, depuis sa création, de défendre l'unité de temps et de lieu que cela représente, précisément face à l'émergence des nouveaux canaux de distribution, mais aussi de porter un intérêt plus particulier aux salles du centre-ville qui renforcent les aptitudes à l'échange et à la rencontre et font des festivals des événements uniques. La priorité sera donc de travailler sur une formule qui soit le plus proche possible de ce qu'est un festival de cinéma, avec ses croisements de publics, ses émotions collectives. La part du digital ne sera prise en compte que dans les limites de ce que nous imposeront les conditions sanitaires liées à la crise. Mais face au risque d'un prolongement dans le temps des restrictions sanitaires, plusieurs contacts ont été pris, notamment avec différentes plateformes digitales afin d'être prêt à toute éventualité. Pour autant, le Festival s'est déjà ouvert de par le passé (avec l'exemple de la série "Bad Banks") à de nouvelles formes de narrations, notamment la série, qui relèvent du digital. Il est également légitime d'envisager, comme tous les Festivals le font, un travail de promotion du fond de catalogue grâce aux supports digitaux, ceci n'enlevant en rien au fait que l'essence même du LuxFilmFest restera la diffusion en salle.

Ce développement du digital soulève d’ailleurs de très nombreuses questions, nouvelles pour la plupart. Nous nous sommes récemment entretenus avec la Direction du Festival de Tessalonique sur des problématiques aussi concrètes que le géoblocage des oeuvres en ligne. Il convient de trouver très rapidement des accords avec les vendeurs pour que ces événements en ligne ne détruisent pas prématurément le potentiel d’une œuvre. Même en ligne un festival doit rester, dans une certaine mesure, un événement de proximité. C’est à ceci que nous réfléchissons, notamment à hauteur de la fédération européenne des festivals cinématographiques que nous sommes en train de constituer avec treize autres festivals.

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